Le titre ancestral (« Aboriginal Title ») et la pleine propriété (« fee simple ») sont deux catégories juridiques distinctes. C’est une distinction réelle et importante, et les confondre serait trompeur. Voici ce qu’est chacun, et ce qui se passe réellement lorsqu’ils coexistent sur le même terrain.
Le titre ancestral est un droit collectif détenu par une nation autochtone en vertu de l’article 35 de la Constitution canadienne. Il a été reconnu par la Cour suprême du Canada dans Delgamuukw (1997) et déclaré pour la première fois sur une zone précise dans Tsilhqot’in (2014). Il est fondé sur l’occupation antérieure du territoire — pas sur un contrat, pas sur le registre provincial.
La pleine propriété est la propriété privée individuelle enregistrée en vertu de la Land Title Act de la C.-B. C’est le titre de votre maison. Votre hypothèque. Votre assurabilité. Il figure dans le registre de la LTSA et est protégé par la garantie d’indéfaisabilité de l’article 23.
Ce sont des catégories différentes. Elles peuvent coexister sur un même terrain. La décision Cowichan est précisément une affaire qui porte sur cette coexistence.
Ce que dit réellement le droit en cas de conflit
Les tribunaux canadiens ont élaboré une doctrine précise pour cela — pas une simple assurance politique. Trois éléments importent :
- La coexistence par défaut (Cowichan 2025). La juge Young a écrit que le titre ancestral et la pleine propriété peuvent coexister, que la résolution de cette coexistence « n’est pas une question que ce tribunal doit trancher — c’est à la Couronne, et non aux propriétaires privés, de la résoudre », et que « les droits de propriété des propriétaires privés ne sont pas remis en cause ». Le tribunal n’a ordonné le retrait d’aucun propriétaire privé.
- Toute atteinte exige une justification de la Couronne (Delgamuukw 1997). Si une action gouvernementale porte atteinte au titre ancestral, la Couronne doit démontrer un objectif substantiel et impérieux, et agir conformément à son obligation fiduciaire envers la Nation. Une indemnisation fait généralement partie de ce cadre. Cette obligation incombe à la Couronne — pas au propriétaire individuel dont le titre était enregistré de bonne foi.
- Protection de l’acheteur de bonne foi. La common law canadienne préserve les intérêts des personnes qui ont acheté une terre de bonne foi, sans connaître l’existence d’une revendication. C’est la doctrine que citent Ng Ariss Fong et Raven Trust dans le contexte post-Cowichan.
Ce que cette section NE prétend PAS
Nous ne disons pas que le titre ancestral et la pleine propriété sont la même chose — ils ne le sont pas. Nous ne disons pas que la question de la coexistence est entièrement réglée — la juge Young a explicitement laissé certaines parties ouvertes. Nous disons : le cadre juridique actuel aborde la coexistence de manière à faire reposer l’obligation sur la Couronne, pas sur les propriétaires individuels enregistrés. Si ce cadre change — par appel ou par de futures décisions — nous mettrons cette page à jour.